Pour décider, il faut connaître les faits
Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon (1707-1788) a écrit : «La seule vraie science est la connaissance des faits.»
Nous avons, par ce mémoire, lintention de vous donner suffisamment dinformations pour vous démontrer que le Livre Blanc est un document que nous attendions depuis longtemps, quil nécessite dêtre actualisé et dans lequel se trouvent des recommandations qui ne doivent pas être appliquées, du moins pas dans la forme proposée. Linvestigation dans le privé, cest faire connaître les faits aux décideurs, quils soient du monde des affaires ou du gouvernement et ses organismes, ce afin quils, les gestionnaires concernés, prennent la meilleure décision possible en fonction des risques, des enjeux et des alternatives proposées.
Nous espérons toujours reprendre là où le Comité consultatif a laissé en 1998, cest-à-dire travailler en collaboration avec les intervenants sur des solutions afin de faire reconnaître notre profession, établir des paramètres réalistes et durables pour finalement établir un vrai partenariat avec la sécurité publique dans le combat contre la criminalité.
On ose espérer que vous constaterez que nous, comme représentants de lassociation sectorielle (investigation), connaissons très bien notre profession, quon a la volonté du changement et un mandat clair de nos membres de fournir toute la collaboration possible.
Un encadrement requis
Les vrais origines du Livre Blanc
Pour faciliter votre lecture, nous vous référons à lannexe B du mémoire où vous pourrez y constater des traces déchanges avec le Ministère, ainsi que dautres documents publics sur le sujet. En résumé, depuis au moins 1994, nous avons sensibilisé le Ministère à certains risques dus à la croissance dans le marché de la sécurité privée, des besoins réels des clients (privés ou publics) et du manque dencadrement de linvestigation au Québec. En résumé, cest nous qui alertons le Ministère depuis une décennie relativement aux besoins dencadrement afin de faire face à une croissance phénoménale. On a quà avoir une volonté ferme et ouvrir un vrai dialogue avec ceux qui ont lexpertise de la sécurité privée (investigation).
La volonté du changement
On peut retrouver, à cette même annexe B, les pistes de nos efforts émergeant sur une mise en place et notre participation au Comité consultatif. Les recommandations découlant de ce Comité consultatif ont besoin dêtre actualisées en fonction de lévolution depuis ce temps. Nos efforts devraient être pour vous un gage de notre volonté daméliorer la situation. Pour ces raisons, nous vous prions de croire que nos affirmations dans le mémoire se veulent constructives et quon peut nous faire confiance.
Par souci de professionnalisme, plusieurs dentre nous se sont pris en main et pour se distinguer, ont mis en uvre des codes de déontologie et autres moyens de démontrer à la clientèle que nous sommes sérieux. De plus, depuis 1998, il y a eu un changement marqué dans la sécurité privée, possiblement à cause des exemples positifs de certains, mais aussi dû au fait que cette croissance constante des besoins dans le privé a propulsé des associations professionnelles telles, ASIS International, Association of Certified Fraud Examiners (ACFE), Société Canadienne de Sûreté Industrielle, précurseur de lAssociation des Intervenants en Sécurité au Québec (AQIS), entre autres, à mettre en uvre des formations et séances dinformation pour leurs membres et aussi à la clientèle et aux employeurs.
Nous avons nous-mêmes, à nos frais, éduqué la clientèle à ce que sont des bons services dinvestigation. Sans laide du Ministère, on ne peut tout faire, surtout pas forcer nos pairs les plus récalcitrants, à prendre la voie de la professionnalisation.
Un encadrement pour le futur
LAssociation professionnelle des enquêteurs privés du Québec (lAPEPQ) et tous les intervenants en sécurité privée que nous connaissons ne demandent pas mieux que dêtre reconnus comme professionnels. Nous sommes conscients que pour obtenir cette reconnaissance, nous devons nous prendre en main, ce que plusieurs dentre nous ont déjà fait. Nous nous devons maintenant deffectuer ensemble des changements, y compris les directions et les représentants syndicaux des policiers.
Un cadre légal pourrait facilement, selon nous, être développé et mis en place pour palier aux carences du domaine de linvestigation et ainsi forcer la main à ceux que le Livre Blanc adresse quand on cite :
« En effet, plusieurs sont préoccupés du fait que des propriétaires ou des directeurs d'agences de sécurité privée ou de services internes de sécurité, de même que des agents de sécurité privée, peuvent parfois abuser de leurs pouvoirs ou recourir à des pouvoirs qui ne leur sont conférés par aucune loi »
« En plus du manque de professionnalisme de l'industrie et de questions à l'endroit de la probité de quelques entreprises, ces réserves tiennent souvent à des pratiques en vigueur qui semblent pour plusieurs douteuses sur le plan de l'éthique. On reproche à l'industrie un certain laxisme en matière de bonnes pratiques, de codes de discipline interne, de procédures de sanction et d'identification visuelle. Pire, on lui reproche parfois des pratiques d'une légalité discutable, particulièrement en matière de services de sécurité interne qui ne déclarent pas, de façon systématique, les infractions constatées aux services policiers. »
Sans prétention, nous croyons que de vouloir légiférer toute une industrie dun seul coup se veut une tâche lourde qui pourrait donner place à des erreurs. Pourquoi ne pas dabord adresser ce qui est déjà légiféré, soit le gardiennage et linvestigation et pour lesquels nous avons des pistes de solutions déjà tracées ? Cela ne signifierait pas dexclure les autres secteurs, mais au contraire de les identifier dans le projet de loi et de les adresser par priorité avec des échéanciers bien établis. Nous croyons humblement quune loi cadre donnant les grandes orientations, avec une réglementation sectorielle, plus souple, serait la voie à suivre.
Les associations professionnelles en sécurité privée sont, daprès nous, la meilleure piste de solutions, en autant quelles soient reconnues comme telles par le Ministère, forçant les gens oeuvrant en investigation dy adhérer.
La prévention et la répression
Les définitions du Livre blanc
Nous sommes davis que la définition de prévention et de répression contenue dans le Livre Blanc (page 9, 1.1) ne reflète pas tout à fait la réalité. Elle nest pas celle avec laquelle on travaille et ce nest pas ce quon définit pour nos clients. Il faudrait aussi comprendre que pour la majorité des agences dinvestigation, la clientèle en est une du milieu des affaires et/ou gouvernementale, capable de prendre des décisions éclairées et au fait de ce que sont leurs droits.
Restreindre la sécurité privée à un rôle préventif en voulant lui exclure le champ dactivité des enquêtes criminelles est aussi une erreur de calcul, contraire aux tendances mondiales et un mauvais portrait de la réalité contemporaine, ne pensons quà la fraude. À priori, dans le secteur privé, nous ne châtions pas. Linvestigation sert à démontrer les faits, laissant les plaignants exercer leur droit fondamental de porter plainte ou non aux autorités policières. Il ne sagit pas dune justice à deux vitesses, mais bien dun droit de gérance, et comme victime dune prérogative. Agir autrement serait, selon nous, permettre à la criminalité de progresser, pire, douvrir un nouveau marché non réglementé, sans mentionner la perte dun filet de sécurité pour le citoyen.
La réalité
Linvestigation est le début de la prévention. Le Ministère ne doit pas exclure aucune forme denquête. Il existe plusieurs lois qui encadrent déjà des abus possibles quune agence ou quun agent pourrait faire au, au même titre quun simple citoyen, pourrait faire. Nous vous en citons plusieurs articles pertinents de ces lois à lannexe D. Notre prétention est que nous sommes bien encadrés légalement pour ce qui est des abus. Tout ce qui manque est une volonté ferme dagir, et de donner suite aux allégations faites comme celles citées dans le Livre Blanc.
On a tous des exemples de cas pathétiques peu importe la sphère dactivités : la sécurité publique, les professionnels, le gouvernement ou le monde des affaires. Il y a des gens qui abuseront du système, aussi réglementé soit-il. Il faut donc agir lorsquon a des informations. Il faut faire enquête pour démontrer sil y a un fondement aux allégations, avant même de décider de porter plainte. Ce qui, croyons-nous, donne raison à nos prétentions que lenquête ne peut être criminelle quau moment où les autorités policières en sont saisies.
Quant aux crimes contre la société et contre le public, où la vie serait en danger, il y a déjà des provisions au Code Criminel. Il ne reste quà faire ses devoirs. Pour compléter ce qui a été dit devant la Commission le 10 (journée précédant ce dépôt de mémoire), il ne manquerait quun ajout à la loi nous gouvernant pour rendre larticle 219 du Code Criminel, effectif, soit le devoir en fonction de lalinéa (2), mais pas lobligation de tout dénoncer.
Les mécanismes de contrôles
La protection du citoyen
Nous sommes en accord quon doit protéger la clientèle (citoyen) de la sécurité privée. Par contre, nous questionnons le besoin tel que décrit dans le Livre Blanc. Nous ne croyons pas quil y a un manque de réglementation donnant droit à des recours en cas dabus, que ce soit lors denquête, darrestation, des droits aux libertés fondamentales. Il ny a quà lire le recueil de certains articles de loi à lannexe D pour constater quon a légiféré sur plusieurs des points dont on fait mention au Livre Blanc comme mettant en danger la sécurité du public. Selon nous, il sagit dune question dapplication, suite aux enquêtes ayant démontré des infractions aux dits articles. De plus, les recours devant les cours civiles et administratives sont aussi faciles daccès que devant un tribunal administratif pour une cause de déontologie en matière de sécurité publique.
Nous recommandons donc une prudence avant de légiférer dans des domaines déjà couverts.
Les contrôles des agences et agents
Il va sans dire que nous sommes en accord pour quil y ait un meilleur encadrement, de la formation et des mécanismes de contrôles. Il faudra tenir compte de certaines réalités dapplication. Nous croyons que les associations représentatives sont une des meilleures pistes de solutions, donnant au milieu lobligation de sauto réglementer, de former et de se discipliner. Par contre, on devra lui apporter le support.
Pour y arriver, nous croyons quil devrait y avoir un moratoire sur lémission des permis dagences dès maintenant, car selon les prétentions du Livre Blanc, il faut encadrer la sécurité privée, alors pourquoi laisser aller encore ? Faut-il vraiment attendre davoir un nouvel encadrement légal ? Attendrons-nous que toute lindustrie se soit entendue alors que deux de ces secteurs sont déjà réglementés ? Nous attendons depuis 1994 ! Pendant combien de temps encore émettrons-nous des permis dagence alors quon prétend ne pas être capable de contenir ceux qui ne devraient pas y être ? Tout ce que nous faisons est de multiplier le nombre dagences dites mal réglementées. Si le Ministère a la ferme intention dencadrer linvestigation, nous croyons quil a lautorité de changer les règles du jeu dès maintenant de par les articles 11 et 14 de la présente loi.
Les sujets à révision avec le milieu concerné
Pour ce qui est des points suivants mentionnés au Livre Blanc, nous croyons sans prétention quils devraient être révisés avec les gens concernés dû aux impacts négatifs sur loptimisation du combat contre la criminalité et des coûts pour lindustrie, la clientèle et le gouvernement. Ces points sont :
Les secteurs de la sécurité privée assujettis à la loi ;
Les pouvoirs des agents de sécurité privée ;
Les fonctions autorisées, interdites et celles régies par un protocole de service ;
Les permis d'agences de sécurité privée ;
Les permis d'agents de sécurité privée ;
Une formation obligatoire ;
Les orientations administratives ;
Les orientations en matière de contrôle ;
Les orientations sectorielles pour l'industrie.
Nous sommes un outil indispensable en ce 21ième siècle pour combattre la criminalité en partenariat avec la sécurité publique. Nous favorisons des changements mais dans un cadre et à une vitesse acceptable en rapport aux vrais besoins, et non ceux issus de perceptions non contemporaine.
Nous sommes là pour vous assister à trouver une piste de solutions.